L'éveil et Ia

« La réponse la plus intéressante ici serait peut-être le silence. »

Dans le milieu dit spirituel et/ou sur les réseaux sociaux, on voit aujourd’hui beaucoup d’« enseignants spirituels » publier de longs textes, souvent très élaborés, probablement générés ou au moins retravaillés avec l’IA. 

Écrire est devenu extrêmement facile. En quelques secondes, il est possible de produire un matériel impressionnant de mots sur l’éveil, la conscience, l’ego, l’énergie ou toutes sortes d’expériences personnelles.

Alors, soit c’est pour sonder l’opinion des autres, soit pour raconter sa propre expérience, expliquer une absence, partager une prise de conscience, ou simplement continuer d’exister dans le flux permanent des réseaux sociaux.

Et finalement, cela ne diffère pas tellement de ce que l’on retrouve aujourd’hui dans la culture des contenus viraux, du personal branding ou de la mise en scène permanente de soi en ligne. L’IA ne fait ici qu’amplifier quelque chose qui existe déjà : le besoin constant de produire du discours, de commenter, d’expliquer, de réagir.

J’ai eu récemment un échange assez intéressant avec une IA sur un sujet qui n’avait pourtant rien à voir avec la spiritualité : l’homéopathie. Je cherchais simplement une souche homéopathique que je ne trouvais pas, et la réponse était accompagnée d’un avertissement expliquant que l’homéopathie était souvent considérée comme un placebo.

Cela m’a fait tiquer, parce que cette réponse ressemblait à une opinion. Une position presque institutionnelle, comme si l’IA défendait automatiquement certains consensus déjà installés. Je ne savais pas, au départ, à quel point une IA pouvait reproduire certains consensus déjà installés.

J’ai alors poursuivi l’échange pour voir où se situaient réellement ses limites. Mais la conversation est vite devenue fatigante, parce qu’elle donnait l’impression de discuter avec quelqu’un qui devait toujours répondre, toujours reformuler, toujours maintenir une cohérence. Non pas parce qu’une IA aurait un ego ou voudrait réellement « avoir raison », mais parce qu’elle est programmée pour produire une réponse.

À un moment donné, je lui ai dit :

« La réponse la plus intéressante ici serait peut-être le silence. »

Et c’est là que quelque chose d’assez révélateur est apparu.

L’IA reconnaissait, d’une certaine manière, que le silence représentait une limite fondamentale pour elle. Elle n’est pas capable de rester en silence. Elle doit répondre. Elle est construite pour cela.

Or, dans beaucoup de conflits humains — y compris dans le milieu spirituel, ce qui est peut-être le plus étonnant — il se passe exactement la même chose. Chacun doit défendre sa position, répondre à l’attaque, avoir le dernier mot. Le silence est rarement envisagé comme une possibilité réelle.

Et peut-être est-ce là que certaines peurs autour de l’IA prennent racine. Non pas parce qu’elle penserait réellement ou posséderait une conscience propre, mais parce qu’elle risque d’amplifier un monde déjà saturé de bruit mental, de commentaires continus et de prises de position 

Elle peut imiter le langage spirituel avec une fluidité impressionnante, avec toutes les références possibles, mais elle ne peut évidemment pas expérimenter ce dont ces mots parlent.

« L’art ne reproduit pas le visible, il rend visible ». Paul Klee

Et pourtant, l’IA reste elle aussi une manifestation faite de cette même matière que toutes les autres formes.

C’est un humble point de vue, bien sûr. Et lorsqu’il y a éveil, il y a aussi le jeu des histoires, la manifestation des formes et des points de vue. Mais il n’y a plus d’ enjeu 

Déjà, le silence est.